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vendredi 14 novembre 2014

IVG bis repetita

Je viens de terminer un roman dont l'essentiel se passe en 14-18, à Paris. Pas d'histoire de front, des histoires de femmes. Des femmes qui travaillent, vivent, s'indignent... l'une d'elles, surtout. Madeleine. Qui s'insurge contre la campagne nataliste visant à interdire l'avortement aux femmes victimes de viols de guerre. Ben oui, le gosse, c'est peut-être le fruit d'un viol, mais ça fera un petit Poilu, qui lavera le péché de son père (être Allemand, hein, pas avoir violé) en donnant son sang pour la patrie. 
Ou comment traumatiser des femmes qui le sont déjà, et culpabiliser des gamins qui ne sont pas encore nés.
En 2012, une adolescente, Amina, a été violée. Contrainte d'épouser son agresseur, elle s'est suicidée. Le destin d'Amina a scandalisé le Maroc - des nombreuses manifestations ont été organisées en réaction à cette aberration, il y a eu des pétitions, des actions d'ONG. Finalement, au premier trimestre 2014, l'amendement 475 qui permettait au violeur d'une mineur d'échapper à la prison s'il l'épousait a été abrogé. C'est un premier pas, mais ce n'est pas gagné... (cf. ici.) Et l'IVG ? Pas gagné non plus, vu que le code pénal marocain en la matière date du protectorat : en bref, l'avortement est un crime puni d'emprisonnement -, mais se pratique dans des conditions souvent terribles (le ceintre, l'aiguille, etc.) Ici, un extrait d'un artcile de Libération, de mars 2014 :

En trente ans de service au CHU de Rabat, Chakib Chraibi a accumulé les témoignages. Il les a répertoriés : «K.T., 19 ans, admise à la maternité, le col de l’utérus déchiré par l’introduction d’un objet contondant dans le vagin […]. Elle décédera 48 heures plus tard de choc septique ; B.S., 19 ans, admise aux urgences pour tétanos, l’examen révèle des plaies vaginales en rapport avec l’utilisation d’instruments souillés ; elle meurt 48 heures plus tard ; R.T., admise pour des symptômes d’intoxication aiguë, l’interrogatoire retrouve la consommation de produits abortifs. Elle meurt le jour même.» La liste est longue. Faute de données, le docteur Chraibi a mené son enquête : 600 à 800 avortements seraient pratiqués chaque jour au Maroc.
«Quand une femme veut avorter, elle le fera, quoi qu’il arrive. Alors autant que cela se passe dans des conditions dignes, où sa vie n’est pas en danger.» C’est dans cette perspective que Chakib Chraibi a créé l’Association marocaine de lutte contre l’avortement clandestin, il y a plus de dix ans. «Je me suis adressé aux députés, aux représentants religieux… En privé, ils sont d’accord avec moi, mais, en public, c’est une autre affaire, et les choses n’avancent pas. Si tous les gynécologues du pays arrêtaient les avortements, on verrait ce qui se passerait. Leur travail arrange tout le monde.»

L'intégralité, très intéressante, est disponible sur ce lien.
 Et ce, sans compter les bébés abandonnés dans un caniveau, une poubelle, ou naissant difformes (et abandonnés ensuite) parce que leur mère, désespérée, a tenté l'impossible pour s'en débarrasser.
Je peuc vous parler du Brésil, si vous voulez. De cette fillette excommuniée parce qu'avortée après un viol (elle avait 11 ans, d'après mes souvenirs). Ou tout simplement, inutile d'aller bien loin, d'enfants non désirés, d'enfants détestés par leurs parents, qui finissent par se foutre en l'air (toutes les méthodes sont bonnes), de mères qui regrettent toute leur existence de ne pas avoir vécu, et font peser sur le dos de leur gamin leur indécision, bref. Je m'éloigne, un peu, mais pas tant que cela.
Donc, l'objet de ce billet : IVG, bis repetita. Pourquoi ? Parce que... Ca.
Vous avez bien lu. Au nom de la morale et du respect de la vie, les auteurs de ce Dico des filles - je rappelle ici qu'il ne s'agit pas d'un ouvrage religieux, mais d'un truc girly vachement trop bien qu'on trouve entre Barbie princesse et Hunger games - et réintroduisent dans la sphère publique ce que la République a écarté depuis... un siècle il me semble. "Les autorités religieuses ont leur mot à dire"... Heu, non. Non, comme l'explique très bien la suite de l'article qui a extrait cette "perle". Alors, ils peuvent se le permettre, chez Fleurus. Dans les séries américaines - Glee par exemple , qu'on ne saurait taxer de puritanisme, la petite Quinn mène sa grossesse jusqu'au bout et abandonne son bébé, et de manière générale, on n'avorte pas, on perd le gamin (accident, fausse couche, etc.). On vit dans une société qui a moins de mal avec les explosions que l'IVG, c'est comme ça. 
Bref. Je voulais dire quoi, moi ? 
Ah, oui. Je trouve quant à moi cette remise en cause de l'IVG parfaitement indécente. Au lieu de polluer les étagères des librairies avec ce genre de propos nauséabonds, de parler de "morale", ces personnes feraient bien de se demander où est la leur, à elles qui osent s'ériger en juges et tentent de culpabiliser des femmes et des filles pour qui de toute façon ce n'est pas une décision facile. Ce qui n'est pas moral, mesdames et messieurs les auteurs ("commetteurs") de ce Dico des filles, c'est d'oser écrire des articles comme celui-ci,  alors que des centaines de milliers de femmes se battent pour cela, meurent à cause de cela. 

Mais en même temps, qu'attendre d'autre de la part de tartufes qui dans ce même dictionnaire écrivent... 

« C'est vrai qu'il existe des couples homosexuels stables. Mais souvent, les relations sont éphémères, instables et les homosexuels ont du mal à se projeter dans l'avenir »;
A mes ami(e)s gais et lesbiennes, vous êtes prévenus, vous manquez d'ambition, de stabilité... 
« Quand on aime quelqu'un, on a naturellement envie d'avoir un enfant avec lui."
Fabien, amour de ma vie, apparemment, je ne t'aime pas ? 
" C'est ce qui fait aussi souffrir les personnes homosexuelles: elles savent qu'elles ne pourront pas avoir d'enfants avec une personne du même sexe, et fonder une famille avec elle » 
Ah bon ? Et l'adoption, la PMA ? Non ? 
« Certains pensent que, même si les homosexuels sont des personnes aussi respectables que les autres, la société ne doit pas encourager la relation homosexuelle qui, contrairement à la relation hétérosexuelle, ne permet pas d'avoir des enfants naturellement »
No comment... Ces extraits, je les ai trouvés dans l'article de Raimbow Warrior, dans Médiapart  - et je ne saurai trop vous conseiller d'en lire l'intégralité : ici.





mardi 28 octobre 2014

bougerêver.com

Il est 13H14. Ce billet sera bref. Faut dire que je suis très à la bourre et très occupée, donc... Donc, pourquoi ce titre crétin ? Parce que j'ai envie de vous parler lecture, lecture qui fait bouger et rêver... Ma première, lue il y a plusieurs mois, est parue chez Exprim. Je suis sa fille ,  de Benoît Minville. 



C'est l'histoire de Joan, qui a été élevée par son père sur fond de hard rock et de westerns. C'est l'histoire du père de Joan, un visage de plus écrasé par le Grand Capital.
C'est l'histoire de Hugo, le meilleur ami de Joan, qui décide de l'accompagner pour quand elle hurle : Il faut que ça change!
Je veux que ça s'arrête!
On va tuer le Grand Patron!
Deux ados embarqués dans un road-trip ébouriffant, sur la N7 direction Nice...
Ils ne savent pas ce qui les attend. L'aventure. L'amour. Les rencontres.
Fuck la crise, vive la vie
.

Je l'ai lu d'une traite, et prêté à une copine qui vit de l'autre côté de la mer. Je suis sa fille, c''est un hymne à la vie, un road-trip qui prend aux tripes, justement, et qui donne une fois la dernière page tournée envie de se secouer les puces et de secouer le système, de respirer un grand coup, de se battre pour changer le monde, même à l'échelle d'un colibri. 

Mon deuxième, lu il y a dix jours, c'est La Dose, de Melvin Burgess, chez Gallimard.


La récession dure depuis des décennies. Alors que le chômage et la pauvreté dominent chez les jeunes, qui ne croient plus en l'avenir, une drogue révolutionnaire appelée le Raid déferle sur Manchester. Elle offre une vie de rêve et tous les possibles pendant 7 jours puis conduit inexorablement à la mort. Quand la rock star Jimmy Earle meurt sur scène en plein concert après avoir ingéré la fameuse gélule, c'est le déclic pour des milliers de fans dont Adam, 17 ans, qui est dans la foule avec sa copine, Lizzie. Mais le garçon ne tarde pas à regretter son geste...

Le résumé est nul. Le livre, génial. Récession, c'est pas une nouveauté, on est en plein dedans... ce qui est génial, avec ce livre, c'est qu'il pose des questions. Et pas seulement sur "la liste des trucs les plus dingues à faire quand il nous reste une semaine à vivre", mais sur ce qui est possible quand on n'a plus rien à perdre, sur l'importance de la lutte, sur ce qui peut changer la donne, changer le monde. Parce que, certes, il y a Adam et ses problèmes d'ado. Mais il y a surtout des femmes et des hommes qui se battent pour faire sauter les barreaux d'une prison délétère, prison économique et sociale qui empêche e vivre, de penser...

Mon troisième est Roms et riverains: une politique municipale de la race, paru aux éditions La fabrique au printemps dernier. Un collectif d'Eric Fassin, Aurélie Windels, Carine Fouteau et Serge Guichard. 


Pour éviter race, mot par trop malsonnant, on admet plutôt que la « question rom » est une affaire de culture. De fait, la culture rom, sorte d’errance sans but dans un paysage d’ordures, de boue et de rats, est difficilement compatible avec « la nôtre ». D’où leur vocation – à ne pas séjourner chez nous, à être expulsés vers leurs pays d’origine où ils trouveront plus facilement leurs marques. Ce livre montre comment l’État français, empêché par ses propres lois de traiter les Roms, citoyens européens, comme il traite les sans papiers tunisiens ou maliens, délègue aux municipalités la tâche de démolir les camps et de chasser leurs habitants. Il montre comment, pour ce faire, maires et adjoints s’appuient sur un réel ou supposé « ras-le-bol » des riverains. Il montre aussi, circulant comme des fantômes, les enfants roms, par terre avec leur mère sur un carton rue du Temple ou cheminant dans la nuit sur le bord de la nationale pour gagner l’école d’une commune éloignée qui accepte de les recevoir.
Un livre pour voir ce que nous avons chaque jour sous les yeux.

Cet essai à quatre voix  est un véritable coup de poing, qui montre comment l'appareil politique a créé de toutes pièces une "question rom", faisant d'eux des boucs émissaires parfaits pour détourner l'attention d'électeurs déçus, inquiets, etc. Entre autres. Banalisation d'un racisme qui n'a pas "vocation" à en être un puisqu'il s'agit de culture. une culture qui supposerait que les Roms aiment la saleté, les rats et les maladies. Une culture donc différente de la nôtre, qui excuserait presque le "ras-le-bol" agressif de certains, qui n’hésitent pas à leur cracher dessus, les violenter... Quant aux flics... Ce scandale récent est à mon sens explicite. résistant, Tzigane, et... battu par des policiers. A 89 ans. C'est ici. Et c'est . Je sais. Certaisn d'entre vous vont me lire et se dire, "mais quand même, ils volent"... OK. Mais 1/ ce ne sont pas les seuls. 2/ perso, je serais une voleuse, je trouverais ça super pratique, un camp de Roms pas loin histoire de détourner les soupçons. Et que dire, à propos de vols, des témoignage de ces femmes roms accusées de voler des enfants, parce que leurs filles sont blondes (ADN à l'appui, pour l'une d'elle qui décidément devait déplaire aux autorités)... ? Peut-être me direz-vous, mais ils sont sales. Et d'une, ils font ce qu'ils peuvent, bien au contraire et se débrouillent pour l'être malgré des conditions sanitaires dép^lorables (mais il faut lire les témoignages pour ça). Et de deux, quand les société de nettoyage refusent de vous fournir des poubelles ou que les camions décident de ne pas passer, ben au bout d'un moment, ça s'accumule... 
Voilà voilà. 
Cet essai se lit TRES bien. Il apprend énormément de choses. Il est d'utilité publique. Et peut accompagner les deux romans précédement cités. 
Il est 13H48. Je retourne travailler.

mardi 21 octobre 2014

Corruption, ça rime avec...

Trahison.
Et si cela ne rime pas avec cupidité, médiocrité, égoïsme, ploutocratie, politique, finances, c'est tout comme. Médiapart a consacré une soirée à cette gangrène qui ronge notre société... L'émission est accessible ici : 



Médiapart a également rédigé un appel : Nous, citoyens contre la corruption, dont voici le texte.

Nous, citoyens, journalistes, magistrats, juristes, avocats, policiers, criminologues, sociologues, économistes, anthropologues et philosophes constatons une généralisation de la corruption qui met l’Etat de droit en péril et installe une insupportable fatigue démocratique. Cette menace sur notre République se nourrit certes de la banalité des conflits d’intérêts et des petits arrangements avec la morale civique, mais aussi de la faiblesse croissante des moyens de lutte contre ce dangereux fléau pour la démocratie.
Alors que le chaos politique n’est plus une hypothèse invraisemblable dans la France d’aujourd’hui, les signataires de cette alerte, forts de leurs expériences diverses, appellent les citoyens de notre pays à une mobilisation civique pour faire sauter les verrous institutionnels, culturels, politiques et judiciaires qui empêchent l’efficacité et autorisent le pire. Il est urgent de s’opposer réellement à la corruption.
Des solutions existent : indépendance du parquet, criminalisation de la corruption, suppression de la Cour de justice de la République, recrutement massif de magistrats, de policiers, de douaniers et d’agents du fisc, suppression du “verrou de Bercy” dans la lutte contre la fraude fiscale, réforme du système de déclassification du “secret défense”, réforme de l'article 40 du Code de procédure pénale pour une meilleure protection des lanceurs d’alerte dans la fonction publique, confiscation préventive des biens mal acquis et leur attribution au bien commun (associations, musées ou municipalités), vote d’une nouvelle loi bancaire instituant une séparation véritable entre les dépôts des épargnants et les fonds spéculatifs.
Les signataires de cette alerte citoyenne s’engagent à développer, avec toutes celles et tous ceux qui les rejoindront, leurs expertise et dénonciation communes de la corruption. Ils continueront de porter publiquement la double exigence de vérité sur les affaires et de vertu régénératrice de la République.
Les signataires invitent tous les citoyens à signer cet appel, sur Mediapart.

Pour signer l'appel : c'est sur ce lien, en bas de page. 

C'est mieux que baisser les bras ou se dire que "c'est comme ça, on n'y changera rien"... Non ?