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lundi 8 octobre 2018

AUTRICE ou ECRIVAINE


Je suis une femme. Je fais partie des 50% de la planète qui pendant des siècles n'a pas eu le droit d'exister. OK. Il y a encore plein d'endroits sur la planète où les femmes n'ont toujours pas le droit d'exister (sauf comme reproductrices ou/et punching-ball).
Ici, en Europe, et plus précisément en France, les femmes ont des droits et sont protégées. En théorie. Et plus qu'ailleurs... Et beaucoup moins aussi. Petite liste : inégalité des salaires/ contrats à compétences (au moins) égales, droit des femmes à disposer de leur corps constamment remis en cause, de façon plus ou moins insidieuse ("clause de conscience" invoquée chez des médecins refusant de pratiquer l'IVG, manque criant de moyens au planning familial, commission PMA  incluant des autorités religieuses alors qu'on est dans un pays LAÏC, etc.), remise en cause systématique de la parole de femmes ayant subi des agressions sexuelles ou des viols ("tu l'as bien cherché", "tu n'étais pas un peu provocante", etc.)
... Dans ce merveilleux pays qui est le nôtre, donc... 
Depuis plusieurs années émergent l'écriture inclusive et la féminisation des noms.
Dans ces noms féminisés, "autrice". J'en avais déjà parlé sur ce blog : autrice est le féminin légitime d'auteur. Si vous voulez vous pencher plus avant sur la question, lisez le très bel article d'Aurore Evain à ce propos.

A plusieurs reprises au cours de l'histoire (générale, des mots, des femmes) la légitimité du terme est questionnée et remise en question. Ce qui gêne ? C'est le côté important. Créateur. Les femmes, créatrices ? Les femmes, capables de faire œuvre littéraire ? NON MAIS CA VA PAS ?
D'ailleurs, la perspective a tellement gêné ces messieurs de l'Académie qu'ils ont érigé en règle que tout ce qui était universel se devait d'être masculin, et que, lorsqu'on écrivait, on était auteur ou on la fermait. 
Pour ma part, c'est avec Précieuses, pas ridicules, que je me suis réveillée.
Quand j'ai découvert  que, par exemple, en France, les classes de composition musicales étaient interdites aux femmes jusqu'au début du XXème siècle, que les poétesses étudiées en cours étaient rares, et qu'en dehors de Louise Michel (difficile de faire autrement), elles étaient renvoyées à leurs fleurs et leurs berceaux, merci. Et à la littérature jeunesse, qui est une "sous-littérature " c'est bien connu (eh oui, le mépris qui existe tout particulièrement dans notre pays pour cette branche de la création littéraire  belle et bien une origine sexiste. Chroniqueurs.euse.s, pensez-y la prochaine fois que vous rédigerez une critique: "bien écrit pour de la jeunesse" ou "en même temps, c'est juste de la jeunesse". Outre le fait que personne ne vous oblige à en lire, vous faites preuve de sexisme inconscient!
Quand je me retourne sur l'histoire des arts et des femme, je contemple des millénaires de sexisme, pire - d'asphyxie.  Toutes ces créatrices ont été étouffées, rabaissées, écrasées, contraintes de prendre des pseudonymes masculins pour exister.  
Aujourd'hui encore - et toujours - quand on bouscule un peu certains genres, (littéraires), on dérange.
Bref. Tout ça pour dire qu'autrice ne fait pas plus "autiste" qu'auteur fait au-tort (et plutôt moins), qu'écrivaine n'est pas plus vaine qu'écrivain n'est vain.

 Ainsi, autrice et écrivaine sont des termes justes dans une société qui évolue et commence à accorder à tou.te.s le droit de créer et respectueux en regard de l'histoire des arts et des femmes qui ont été mutilées dans leur art ou leur identité, les unes parce qu'elles osaient s'affirmer, les autres parce qu'elles voulaient exister "en dépit de leur genre".



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