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lundi 20 novembre 2017

Carnet de Voyage : Nola Forever

Dans le cadre de l'écriture de son second Electrogène, mon cher et tendre lance un crowdfunding: Nola Forever : le carnet de voyage.
"Au commencement, il y a le jazz et Treme, la série de David Simon. Quand j’ai terminé l’écriture de mon roman Detroit, j’ai immédiatement songé à écrire sur La Nouvelle Orléans. J’avais cette musique et ces sentiments forts et il ne m’a fallu qu’un voyage sur place pour en tomber amoureux. New Orleans possède sa musique, sa facette festive, son histoire multiculturelle et sa cuisine. J’ai mis tout cela dans mon chaudron littéraire et une histoire en est sortie ..."

Parmi les contreparties : le carnet de voyage, bien sûr mais aussi des cartes postales, un Detroit dédicacé, une carte de New Orleans, et même... un original! 

Pour en savoir plus, il suffit de cliquet sur ce lien et de dérouler le menu!

mardi 7 novembre 2017

Confiance

L'an dernier, j'ai participé à un stage de travail en liberté avec Assarabe. Stage qui ne s'est absolument pas déroulé de la manière dont je l'espérais pour lui (il en est ressorti assez traumatisé, il va bien maintenant rassurez-vous) mais m'a énormément apporté, d'un point de vue psychologique et sociologique... 
Je me suis rendu compte que les stagiaires étaient toutes des femmes (les quelques hommes participant aux deux jours étant plutôt tournés vers le dressage), toutes (y compris moi) avec le même problème : un manque de confiance en soi et une recherche d'approbation (par une figure d'autorité) absolument hallucinants. 
Le tout, au mépris du bon sens et de l'intuition. 
L'idée ici n'est pas de cracher sur un typequi joue parfaitement de ces failles pour faire son show (et son beurre... quoique, d'accord, je bitche un peu) mais de s'interroger sur ce qui qui nous rend aussi peu sûres de nous, et vulnérables.
 Qu'est-ce qui crée le manque de confiance en soi ? L'éducation, une société patriarcale et autoritaire qui nous conditionne d'une part à "ne pas être capables" (et c'est valable dans tous les milieux, y compris d'ailleurs celui de la musique classique et de l'orchestre), d'autre part à nous fier - qu'on soit homme ou femme d'ailleurs - à l'autorité, celui (ou celle) "qui sait", sans poser de questions. L'expérience de Milgram, dans les années 70, a démontré que l'être humain, soumis à la pression d'une figure d'autorité, peut torturer si celle-ci lui affirme que l'autre ne ressent pas de douleur : 


De manière moins dramatique mais tout aussi intéressante, Vinciane Desprets a mis en évidence la façon dont un discours froid, (pseudo) scientifique et objectivant (au service de l'industrie agro-alimentaire... ou d'une recherche coupée de la réalité) avait écrasé au mépris de toute vérité la connaissance intuitive que des éleveurs par exemple, pouvaient avoir de leurs bêtes (cf. cet article.)
Ce long mais nécessaire détour pour expliquer que nous sommes doublement conditionnées, en tant que femmes par des siècles de soumission à l'autorité et de dénigrement de nos propres capacités intellectuelles et physiques. 
Vous me direz : "Oui, mais quand tu vas faire un stage, c'est pour apprendre..." 
C'est en effet le cas. Et d'ailleurs, j'adore les stages, surtout quand ils sont animés par des personnes pédagogues et bienveillantes (ici, par exemple)... 
Mais là n'est pas le problème. Le problème, c'est : être capable de dire non quand quelque chose va trop loin, ou à l'encontre de ce que l'on souhaite, veut (en l'occurrence, pour autrui, cet autrui étant un cheval, un enfant, un ami...) et acquérir suffisamment d'estime de soi pour suivre son intuition quand on la sent/ sait juste (et en dépit de "ceux qui savent"). Un cheval est une personne, qui a des origines (ex. un arabe-barbe n'a pas les mêmes forces ni les mêmes faiblesse qu'un PS anglais...), une histoire et un lien créé avec son/ sa humain/humaine. Aussi compliqué que cela puisse être, il faut arriver à faire le tri entre les bons et les mauvais conseils (ces derniers ressemblant souvent à des jugements), et suivre son instinct quand il hurle : "NON"!
Mais avant tout cela et c'est à mon sens l'essentiel : il faut apprendre à se fier à son jugement , acquérir suffisamment d'estime de soi pour  prendre le risque de s'opposer et de se tromper, en somme à exister hors du regard de l'autre, être autonome dans ses choix. 
Accepter de grandir, en somme.... 
C'est l'un des thèmes de Sans Raison apparente


Comment arriver à se dépouiller de tous ces atavismes, toutes ces craintes qui nous emprisonnent et nous empêchent de progresser réellement ?
Je n'ai pas de solution miracle, mais je suis absolument convaincue qu'une sorte d'état des lieux, personnel et social, pourrait faire avancer le schmilblick...
 

mercredi 1 novembre 2017

Sans raison apparente

Sans Raison apparente paraît officiellement aujourd'hui aux éditions Pygmalion. Ce roman me  tient particulièrement à cœur, pour tout un tas de raisons, sa forme (courte), des petites touches qui laissent deviner beaucoup de non-dits, ses thèmes : mensonges, ce que l'on fait aux autres, ceux que l'on se fait, difficulté d'être soi, liens avec les chevaux, ce que l'on ressent, ce que l'on nous dit (assène), ce que nous devenons, grâce à eux, une fois que nous cessons de craindre le jugement, le regard de l'autre et que nous faisons confiance à nos ressentis. 





Après un parcours classique, Rachel est devenue une épouse modèle. Terne, fatiguée, elle sur(vit) et s'efforce péniblement de suivre les traces de sa mère, bourgeoise fortunée de la banlieue de Washington D.C. Jusqu'au jour où cette dernière se suicide. Sans raison apparente. Sa mort, l'enterrement, le défilé des oiseaux noirs, la jeune femme les subit dans un état second, comme au spectacle. Elle passe une journée à errer dans la maison parentale, se rend compte que sa mère n'a laissé aucune trace - comme si cette dernière n'avait jamais existé. Sur le chemin du retour, Rachel voit des chevaux dans un champ. L'un d'eux, un grand palomino, se cabre au moment où la voiture les dépasse. Cela lui rappelle un rêve inachevé. Un rêve de voyage et de liberté.

Ci-dessous, un extrait (épreuves non corrigées) : 
Parce qu'on nous apprend tellement à douter de nous, à chercher l'approbation, à dépendre des autres que nous en oublions d'être, simplement...

J’ai lu des romans, des témoignages, décrivant, déclinant sur tous les modes, la fusion entre un cavalier et sa monture. Naïve, je rêvais de cet amour lorsque je suis arrivée au Spirit ranch. Je ne pouvais que l’imaginer, à la manière d’une adolescente pétrie de récits et de films sur les chevaux, mais je ne l’avais pas vécu.
Et puis, j’ai rencontré Djinn.
C’est une chose de plonger avec un personnage de fiction, dans un maelstrom d’émotions, de joies et de peines, de frissonner, frémir, vibrer à distance. C’en est une autre de l’éprouver réellement, d’en ressentir l’exigence, la complexité, la profondeur. Et curieusement, je ne m’y attendais pas.
Je n’étais pas prête pour cela.
Je ne le suis toujours pas.
Et ce matin, j’ai le sentiment d’être un pantin ridicule qui s’agite vainement pour attirer l’attention. Djinn regarde ailleurs. M’échappe, s’échappe, me fuit. En moi, un mélange de frustration, de colère, d’immense tristesse. Je n’y arriverai jamais. Raven demeure à l’extérieur, comme toujours. Je lui en suis reconnaissante. J’aurais trop peur de la réaction de Djinn, avec elle. Peur qu’il lui obéisse. L’accepte, alors qu’il ne veut pas de moi. Tant bien que mal, je suis les indications de mon instructrice et amie. Je m’accroupis, demeure immobile, tête basse. M’efforce d’évacuer les tensions qui m’habitent. Je n’y parviens pas. Tout, en moi, n’est que confusion, chagrin, chaos.
Djinn s’approche de moi, pourtant. S’arrête, à un mètre et m’observe, prudent. Soudain, je n’en peux plus. Je ne supporte plus cette réserve, cette distance. Je m’effondre, m’enfuis, m’enferme dans ma chambre, comme une enfant au cœur brisé, incapable de contenir le flot de ma détresse.  Une main tiède se pose sur mon épaule. Raven.
— Pourquoi il ne m’aime pas ? Qu’est-ce qui ne va pas chez moi ? Je n’y arrive pas, je… Je ne supporte plus… Il me déteste…
Un étau compresse ma poitrine, j’ai la sensation de me noyer. Raven me berce jusqu’à ce que mes pleurs se tarissent, apaisant mon chagrin avec une berceuse shoshone.
Enfin, mes sanglots cessent.  Mes yeux me brûlent. Je suis à bout de force, hoquetante, fiévreuse.
— Viens, naipittsi[1].
Avec douceur, elle m’aide à me lever et me conduit dans sa cuisine. Fredonnant une nouvelle chanson dont les sonorités bruissantes m’apaisent, elle fait bouillir de l’eau, y jette une poignée de plantes odorantes que je suis incapable d’identifier. Une fois la tisane infusée, elle prend dans un placard une boîte de biscuits et l’ouvre avant de s’installer devant moi. Enfin, une fois les premières gorgées avalées, elle pose les coudes sur la table, croise les doigts sous son menton et me contemple longuement.
— Pourquoi penses-tu que Djinn ne t’aime pas ? demande-t-elle finalement.
— Je fais tout ce que je peux, je passe du temps avec lui, j’essaie de le mettre en confiance et lui… Il… il ne m’écoute pas, dis-je, la gorge de nouveau nouée. Il est sur la défensive…
— Toi aussi.
— Mais je…
— Tu lui demandes de t’accepter telle que tu es, avec toutes tes angoisses, tes contradictions, mais lui, tu le voudrais parfait ? Ça ne marche pas comme ça, naipittsi.
Je voudrais protester, mais les mots s’étranglent dans ma gorge.
Une acceptation totale. Une confiance absolue.
Raven a raison : j’exige de lui ce que je ne parviens pas à lui donner, parce j’ai peur. 
— Djinn t’aime, n’aie aucun de doute là-dessus. Seulement, comment veux-tu qu’il te le montre si tu ne lui en laisses pas la possibilité ?
— Je… comment faire ?
— D’abord, apprends à respirer.


[1] Petite fille, en shoshoni.