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jeudi 16 janvier 2020

Regard

Hier, au retour d'une intervention scolaire, j'ai pris le bus pour atteindre la gare du Nord - un bus bondé, le 46 exactement. j'étais debout, près du chauffeur et d'un vieux titi parisien, le genre à refaire le monde autour d'un verre de vin au comptoir d'un bar de quartier. Je les écoutais parler, à mi-vois, de ce qui se passe en ce moment - la réforme des retraites, la grève, un peu, le projet de loi qu'aimeraient proposer certains députés, qui permettrait à l'état de récupérer des terres et de les louer aux géants de l'industrie agro-alimentaire au lieu de les sauver. J'interviens. J'ai entendu parler de cette proposition de loi. Elle participe à l'écocide en marche depuis plusieurs années, et qui s'accélère depuis l'arrivée de Jupiter sur son trône. Le chauffeur me dit qu'il a les boules de reprendre le travail, mais qu'il n'a plus un rond. Il va débrayer dès que possible. Le titi , blasé, dit que ça ne changera rien, cette grève, qu'on n'est plus écoutés. Et nous voilà partis, à trois, puis à deux quand celui-ci descend, à parler manifs d'avant - celles où tu ne te faisais pas tirer dessus à coup de flashballs -, d'écologie, "on veut nous obliger à bouffer de la merde", de l'importance de la lutte même à notre échelle, pesticides, faire gaffe à ce qu'on mange, solidarité, même si "là-haut" il s'en foutent. Je le sens blasé, mais déterminé, dents serrés, à continuer à se battre. Et les hôpitaux, même les médecins démissionnent. "On nous vole tout." "Tout ce qu'on avait." On reparle violences policières, incompréhension, c'était pas comme ça les flics avant - c'est pas faux. heureusement, il y a les réseaux sociaux, parce qu'à la télé, ils racontent n'importe quoi, je lui dit que ça fait un bail que je ne la regarde plus, il répond que de toute façon c'est de la merde. Il faut dire que les médias, contre les grévistes, s'en donnent à cœur joie en ce moment. Je glisse  l'initiative des députés LFI au parlement européen contre les violences policières, rejetée à 17 voix seulement (par LREM, RN essentiellement). Il me répond, écœuré, que c'est une stratégie. Oui mais, oui mais, si la stratégie paie, même si la gauche ne tient qu'un quart de ses promesses, c'est toujours ça de pris. Il acquiesce, j'espère l'avoir convaincu, même un poil. On continue, lui désabusé, moi, je lui dis que c'est AUSSI à notre échelle qu'il faut continuer, que les Gilets jaunes, les grèves, permettent des rencontres, des dialogues - est-ce qu'on aurait discuté, lui et moi,sans tout ça ? On se souhaite une bonne journée, on lâche rien. Il continue de son côté, j'essaie de rentrer chez moi.   



#onlacherien #presidentdesriches #violencespolicieres #macrondemission #entraide

samedi 4 janvier 2020

poème pour se sentir bien


Parce que ça fait une éternité que je n'ai pas posté sur mon blog. Parce que je ne prends plus le temps de le faire. Parce que le monde est terrible. Parce que c'est 2020.

une bulle 
            une bulle légère 
                                       s'envole
une bulle légère s'envole au-dessus des nuages 
une bulle légère éclate au-dessus des nuages
                                        et vole
             en milliers d'éclats
de rire  





jeudi 21 novembre 2019

Communication interspécifique, éthique, etc.

J'ai eu l'immense plaisir d'être invitée au colloque "Représentations animales dans les mondes imaginaires : vers un effacement des frontières spécistes ?" la semaine dernière.Colloque pluridisciplinaire, qui convoquait aussi bien des éthologues que des chercheur.euse.s en littérature comparée, des anglicistes, et moi, donc, en tant qu'autrice "multiclassée". Ce qui m'a ravie, au cours des échanges - j'en ai raté beaucoup, mais j'attends impatiemment la mise en ligne des interventions -, c'est l'ouverture d'esprit dont tou.te.s les intervenant.e.s ont fait preuve, de leur bienveillance et de la nature plurielle des questionnements engendrés par les diverses interventions. 
J'ai été particulièrement sensible au fait que les liens entre sexisme-racisme-spécisme soient mis en avant (je me sens moins seule...). La manière dont les animaux sont objectivés, mécanisés, dans notre culture - sous couvert de "vérités scientifiques" qui sont, je le rappelle, autant de croyances (elles sont justes... jusqu'à preuve du contraire) est une mise à distance, une dégradation de "qui" ils sont - une mise à distance que l'on retrouve évidemment dans des rapports humains où l'autre, mis à distance, est un objet convoité... 



... ou un autre réduit à un numéro, une "bête de foire", ou encore un encombrant dont il faut se débarrasser. Ainsi que le disait Marguerite Yourcenar :

"Soyons subversifs. Révoltons-nous contre l'ignorance, l'indifférence, la cruauté, qui d'ailleurs ne s'exercent si souvent contre l'homme que parce qu'elles se sont fait la main sur les bêtes. Rappelons-nous, puisqu'il faut toujours tout ramener à nous-mêmes, qu'il y aurait moins d'enfants martyrs s'il y avait moins d'animaux torturés, moins de wagons plombés amenant à la mort les victimes de quelconques dictatures si nous n'avions pas pris l'habitude de fourgons où des bêtes agonisent sans nourriture et sans eau en route vers l'abattoir, moins de gibier humain descendu d'un coup de feu si le goût et l'habitude de tuer n'étaient l'apanage des chasseurs. Et dans l'humble mesure du possible, changeons (c'est-à-dire améliorons s'il se peut) la vie."

L'autre élément qui m'a vraiment fait énormément plaisir - et rassérénée, c'est que de moins en moins est faite - ou alors de façon critique - la distinction "homme-animal".   L'homme appartient au règne animal. Et, dans cet esprit, au lieu de chercher ce qui nous distingue, ce qui nous rend "meilleurs" (mais en quoi ?), dans une espèce d'illusion pyramidale, qui classe les espèces comme elle classe les hommes et les femmes, les différents peuples, et numérise, juge, dégrade, avec des prétendues "lois du plus fort", il devient plus intelligent, plus constructif, plus juste de chercher ce qui nous rapproche : l'entraide, l'empathie, les émotions, la capacité à utiliser des outils, les pensées, etc. A ce titre, j'ai été particulièrement touchée par l'intervention d'Agatha Liévin-Bazin sur les corvidés, et par l'échange avec l'éthologue Charlotte Duranton sur les fausses coyances à propose des héirarchies des meutes (on retrouve les mêmes fausses croyances avec les chevaux...)
Quant à ce terrrriiiiible anthropomorphisme dont on nous rebat les oreilles - "attention à ne pas faire d'anthropomorphisme, blablabla", c'est oublier que chacune des espèces vivantes perçoit le monde et l'interprète à travers le prisme de ses propres codes de communication. Le chat fait du "catomorphisme", le corbeau du "corvidomorphisme", etc.
Ainsi que le soulignent plusieurs chercheurs, comme Frans de Waal ou Mark Bekoff, il faut surtout faire attention à ce que le refus de l'anthropomorphisme ne se transforme pas très vite en anthropodéni, une façon supplémentaire d'établir des frontières. 
... en revanche, tous sont unanimes sur les dangers de l'anthropocentrisme... bisou... 
La communication interspécifique, c'est la création, à la manière dont Winnicott l'exprime dans Jeu et réalité, d'une "aire intermédiaire d'expérience" permettant, avec les codes de l'une et l'autre espèce, de créer une communication coopérative - et singulière. 
Quelle que soit l'espèce.