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vendredi 1 novembre 2013

Touche pas à mes pulsions

« Les 343 salopes demandaient à disposer de leur corps, les 343 salauds demandent à disposer du corps des autres », Najat Vallaud-Belkacem, porte-parole du gouvernement et ministre des droits des femmes.

Je suis assez hostile aux lois visant à réprimer la prostitution et ses aficionados. Pourquoi ? Parce que ce ne sont pas les macs et les clients (surtout riches...) qui trinquent, dans ces cas-là. ce sont les prostitué(e)s : condition d’exercice de leur métier de plus en plus précaires, rapports non protégés, clandestinité, misère, développement de réseaux parallèles, utilisant des esclaves venus de Chine, de l'Est, d'Afrique - qui, elles/ eux, ne sont rien d'autre que de la chair, consommable, jetable... Tant que les macs, les gros pleins de fric à la tête des réseaux, les gros clients, les violents n'auront pas été, eux, mis sous les verrous, ça continuera. A ce propos, je suis tombée sur un blog, celui de Ulla, à la tête du mouvement des prostituées, en 1975 :

Chacun est libre de disposer de son corps comme il veut. 
C'était, comme l'a déclaré Najat Vallaud-Belkacem, l'objet de la déclaration des 343 salopes... qui avait pour objet, en 1971, la légalisation de l'avortement.
J'en rappelle le texte :

Un million de femmes se font avorter chaque année en France.
Elles le font dans des conditions dangereuses en raison de la clandestinité à laquelle elles sont condamnées, alors que cette opération, pratiquée sous contrôle médical, est des plus simples.
On fait le silence sur ces millions de femmes.
Je déclare que je suis l'une d'elles. Je déclare avoir avorté.
De même que nous réclamons le libre accès aux moyens anticonceptionnels, nous réclamons l'avortement libre.

Il y a deux jours, le magazine Causeur, qui se prétend éclectique dans ses positions, publications, collaborateurs (parmi lesquels Basile de Koch, l'époux de l'infecte Frigide Barjot, Finkelkraut, etc.), a publié un "manifeste des 343 salauds", qui en réalité ne sont que 19, en préambule d'une pétition intitulée "touche pas à ma pute". Autre slogan symbolique, détourné, sali... "Touche pas à mon pote", c'était SOS Racisme, Malik Oussékine, les manifs des années 85/86 contre la xénophobie, la discrimination, le racisme...

Je suis relativement hostile aux lois anti-prostitution, parce qu'elles ne protègent pas mais discriminent encore plus, mais quand je lis le tissu de conneries, de veulerie, contenu dans ce pseudo-manifeste, quand je lis les réactions des Élisabeth Lévy (grande réac devant l’Éternel et fondatrice dudit magazine) qui traite en gros celles qui protestent de féministes hystériques, quand je décrypte derrière le discours pseudo-libertaire de ces 19 minables (non, ils ne méritent ni le 343, ni aucun de ces trois chiffres), en gros la volonté de pouvoir continuer à disposer du corps de l'autre, sans trop être taxé merci, j'ai envie de vomir. De frapper. Mais comme je suis une fille civilisée, je me contenterai de mettre ci-dessous quelques extraits de la tribune de Annie Sugier dans Le Nouvel Obs :

Les slogans choisis sont :  ..."une façon de mettre sur le même plan le combat des femmes pour la liberté de disposer de leur corps et celui des clients à disposer du corps des femmes dès lors qu'ils ont les moyens de se le payer. Détournement tout aussi choquant du slogan "touche pas à mon pote" porté dans les années 80 par un mouvement qui voulait construire une solidarité nouvelle, au-delà de la diversité, dans l'égalité et la fraternité.
[...]Plus grave encore est la pauvreté du raisonnement, qui finalement traduit sans doute une forme d'inconfort intellectuel des auteurs du manifeste.
"Nous ne défendons pas la prostitution, nous défendons la liberté". Cette phrase est étonnante de la part de personnes qui affichent justement leur volonté d'avoir librement accès aux services de personnes prostituées. Elle est surtout paradoxale. Dirait-on "nous ne défendons pas le viol, mais nous défendons la liberté" ? Ou encore "nous ne défendons pas l'inceste, mais nous défendons la liberté" ?
C'est faire semblant d'ignorer que dans un État de droit, la loi se doit de limiter la liberté, dès lors que celle-ci conduit à l'asservissement d'une catégorie d'êtres humains, en l'occurrence, des femmes, le plus souvent en situations de vulnérabilité psychologique et économique.
[...]
Les auteurs du manifeste de "Causeur", citant une pétition de jeunes pour l’abolition de la prostitution, dans laquelle il est indiqué que "les victimes sont presque toujours des femmes [...] les clients sont toujours des hommes : ils achètent et imposent leurs propres désirs", en concluent que les féministes sont décidément contre les hommes. Ne serait-il pas plus logique de dire que ce sont des hommes - en fait une minorité d'entre eux -  qui, en permettant à la prostitution de se poursuivre, sont les ennemis des femmes ?

Pour conclure, messieurs et mesdames les 19 minables, raisonnons un peu. Vous ne voulez pas qu'on touche à vos pulsions  ni à votre portefeuille ? Vous êtes favorables au fait de pouvoir librement disposer du corps de l'autre sans trop vous poser de question... pas de souci. je ne sais pas si vous connaissez un peu ces grands philosophes que sont Kant (qu'on aime ou pas) et Sade ? Vous connaissez le principe de la morale kantienne :  "agis de telle sorte que ta maxime ait valeur universelle"... Et vous n'êtes pas sans savoir la façon dont Sade l'a utilisée ? Si ? Bon, alors "ne fais pas aux autres ce que tu ne veux pas qu'ils te fassent." Si tu utilises autrui comme un objet sexuel, c'est qu'a priori tu es d'accord pour qu'il en fasse de même. Si tu te fous de savoir si celui ou celles que tu utilises pour assouvir tes pulsions agit librement ou non, est en souffrance ou non, c'est que tu acceptes qu'il en aille de même pour toi. 
Alors voici ce que je vous propose, chers 19 minables... Allez faire un tour du côté de la porte Saint-Denis, à Pigalle ou dans le 13ème, tapinez en scrud du côté du bois de Vincennes, à la merci des patrouilles de flics, allez si vous êtes en mal d'edxotisme aller et venir sur l'Oranienburgerstrasse de Berlin ou place Jemaa el Fna, à Marrakech, devenez pour quelque temps femme de chambre au Carlton, écartez les jambes, l'anus, faites des pipes sans préservatifs, renoncez à vos droits, vous verrez si c'est vraiment cette maxime-là que vous voulez universelle... 



6 commentaires:

  1. J'aime beaucoup l'hypocrisie de la phrase : "nous ne défendons pas la prostitution, nous défendons la liberté", phrase venant de personnes qui ont fait tout leur possible pour contrer la liberté d'autres personnes à se marier.
    Et que font-ils du fameux principe inscrit dans la déclaration des droits de l'homme et du citoyen : "[notre] liberté finit où commence celle des autres".

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    1. Oui, c'est ce qui me fait le plus marrer (enfin, façon de parler...), cette hypocrisie, ce pseudo manifeste qui sous couvert d'humour décalé s'attaque à la dignité de l'autre et aux valeurs de la République. Ce qui me fait penser au génial François Morel à propose de "la banane" : http://www.dailymotion.com/video/x16o2wx_le-billet-de-francois-morel-c-est-pour-qui-la-banane_fun

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  2. Très beau billet, parfaitement argumenté, Charlotte.

    Au départ, on se demandait un peu si les propositions de loi n'allaient pas un peut trop vite ou trop loin, à cause de cette manif :

    http://www.liberation.fr/societe/2013/10/26/on-est-putes-on-est-fieres-le-ps-c-est-la-guerre_942609

    Mais quand on lit le blog de Ulla, qu'heureusement tu as découvert, on peut se demander si les 300 personnes qui ont manifesté à Paris n'auraient pas également été "télécommandées", comme Ulla quand elle a écrit le livre qu'elle renie et dénonce aujourd'hui ? Une telle manipulation de masse démontrerait alors clairement la puissance de cette mafia sournoise des macs et des gros clients pleins de fric que tu as le courage de dénoncer.

    Eternelle question : la justice a-t-elle les moyens et la volonté de mettre ces salopards sous les verrous ?

    Je me rappelle, avec dégoût, des propos écoeurants de Cambadélis, BHL et même Badinter quand ils ont vu leur ami DSK menotté, et jugé "avec les autres (détenus)".

    Amicalement

    GE

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  3. In cauda venenum
    (je parle de ta chronique bien sûr !)

    Fanny

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  4. Je vais être super constructif : totalement d'accord.
    Merci d'avoir pousser ce coup de gueule.

    Lace'd'Acier

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