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samedi 1 août 2015

Platon forever


Non, je n'ai pas écrit ça, hein ? 


Platon forever. Et puis quoi encore ? Kant I love You ? parce qu'objectivement, Platon, comment dire... Ben je n'aime pas du tout du tout, en fait. En ou hors contexte. Sa République idéale me donne envie de vomir et sa conception de l'amour manque cruellement d'altruisme et d'humanité. Vous doutez ? Relisez donc Le Banquet. Il est ou, l'autre, dans tout ça ? Bref... Platon, ce n'est pas mon truc. Pourtant, je suis en pleine écriture d'un roman qui se passe... dans une sorte de caverne... où les gens vivent dans l'aveuglement le plus total (soumission aux lois, etc.), où les seules personnes qui ont essayé de mettre en doute le bien-fondé de la société dans laquelle ils vivent se sont fait lyncher - et pas seulement par les autorités. 
Si on n'est pas dans l'allégorie de la caverne, hein... 
Et comme je suis parfois un peu lente, j'ai mis deux jours de plus à me rendre compte que son allégorinounette (ben quoi!), on était en plein dedans. On : nous,  notre société - ou nos sociétés, plutôt. Pas juste "société occidentale aux mains du Capital" ou "pourrie par les médias", mais LES sociétés en général, avec leurs croyances, leurs religions, leurs traditions, leurs interdits, leur violence surtout - soumission aux lois, à l'autorité, acquise, devenue automatisme, quand bien même la seule manière d'agir justement serait de se révolter. 

Figure-toi des hommes dans une demeure souterraine, en forme de caverne, ayant sur toute sa largeur une entrée ouverte à la lumière; ces hommes sont là depuis leur enfance, les jambes et le cou enchaînés, de sorte qu'ils ne peuvent bouger ni voir ailleurs que devant eux, la chaîne les empêchant de tourner la tête; la lumière leur vient d'un feu allumé sur une hauteur, au loin derrière eux; entre le feu et les prisonniers passe une route élevée : imagine que le long de cette route est construit un petit mur, pareil aux cloisons que les montreurs de marionnettes dressent devant eux, et au-dessus desquelles ils font voir leurs merveilles. Figure-toi maintenant le long de ce petit mur des hommes portant des objets de toute sorte, qui dépassent le mur, et des statuettes d'hommes et d'animaux, en pierre, en bois, et en toute espèce de matière; naturellement, parmi ces porteurs, les uns parlent et les autres se taisent.
De tels hommes n'attribueront de réalité qu'aux ombres des objets fabriqués.
Considère maintenant ce qui leur arrivera naturellement si on les délivre de leurs chaînes et qu'on les guérisse de leur ignorance. Qu'on détache l'un de ces prisonniers, qu'on le force à se dresser immédiatement, à tourner le cou, à marcher, à lever les yeux vers la lumière : en faisant tous ces mouvements il souffrira, et l'éblouissement l'empêchera de distinguer ces objets dont tout à l'heure il voyait les ombres. Que crois-tu donc qu'il répondra si quelqu'un lui vient dire qu'il n'a vu jusqu'alors que de vains fantômes, mais qu'à présent, plus près de la réalité et tourné vers des objets plus réels, il voit plus juste? si, Enfin, en lui montrant chacune des choses qui passent, on l'oblige, à force de questions, à dire ce que c'est? Ne penses-tu pas qu'il sera embarrassé, et que les ombres qu'il voyait tout à l'heure lui paraîtront plus vraies que les objets qu'on lui montre maintenant? Et si on le force à regarder la lumière elle-même, ses yeux n'en seront-ils pas blessés? n'en fuira-t-il pas la vue pour retourner aux choses qu'il peut regarder, et ne croira-t-il pas que ces dernières sont réellement plus distinctes que celles qu'on lui montre?

L'ex-prisonnier découvre le vrai monde... Et :

Se souvenant de sa première demeure, de la sagesse que l'on y professe, et de ceux qui y furent ses compagnons de captivité, ne crois-tu pas qu'il se réjouira du changement et plaindra ces derniers? Et s'ils se décernaient alors entre eux honneurs et louanges, s'ils avaient des récompenses pour celui qui saisissait de l'oeil le plus vif le passage des ombres, qui se rappelait le mieux celles qui avaient coutume de venir les premières ou les dernières, ou de marcher ensemble, et  qui par là était le plus habile à deviner leur apparition notre homme ne préférera-t-il pas mille fois n'être qu'un valet de charrue, au service d'un pauvre laboureur, et souffrir tout au monde plutôt que de revenir à ses anciennes illusions et de vivre comme il vivait?
Imagine que cet homme redescende dans la caverne et aille s'asseoir à son ancienne place : n'aura-t-il pas les yeux aveuglés par les ténèbres en venant brusquement du plein soleil?
Et s'il lui faut entrer de nouveau en compétition, pour juger ces ombres, avec les prisonniers qui n'ont point quitté leurs chaînes, dans le moment où sa vue est encore confuse et avant que ses yeux se soient remis, n'apprêtera-t-il pas à rire à ses dépens), et ne diront-ils pas qu'étant allé là-haut il en est revenu avec la vue ruinée, de sorte que ce n'est même pas la peine d'essayer d'y monter? Et si quelqu'un tente de les délier et de les conduire en haut, et qu'ils le puissent tenir en leurs mains et tuer, ne le tueront-ils pas ?





Alors, bien sûr, Socrate parle ici de Vérité, de Bien, d'Idées... Mais à la relecture de cet extrait tronqué (j'ai zappé les "bien sûr", "évidemment", "tu as raison", "assurément" de Glaucon), je me dis que relire l'Allégorie sous l'éclairage de l'actualité est assez intéressant. Européenniquement (Grèce...). Économiquement (austérité, réfomes, etc.). Politiquement (haine de l'autre, insécurité pour masquer la bêtise crasse d'un programme). Religieusement (port du voile, interdiction du préservatif, etc.). Humainement (spécisme, intolérance, etc.) 
La liste est longue.
Moralité : Platon (ou Socrate via Platon) serait-il... révolutionnaire ?  



2 commentaires:

  1. :) Je note surtout que si tu changes les habitudes des gens de la grotte, ils sont perdus. Qu'ils en sortent ou qu'ils y retournent :)
    https://www.youtube.com/watch?v=zh_Rof-B0To

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