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lundi 8 décembre 2014

Luxe et féminisme

Cet article ne sera pas très long, simplement parce que je n'ai pas le temps. Mais... Mais il sera, ce qui est le principal, n'est-ce pas ? Depuis quelques semaines, l'anthologie Rêver 2074 : une utopie du luxe français, fait beaucoup parler d'elle dans le milieu de la science-fiction. Moi, je l'ai bien aimée. Avec un gros coup de cœur pour celle de Samantha Bailly, à quoi on me répondra que je ne suis pas objective. Ce qui est certainement vrai. Passons. Lors d'une de ces discussions facebookiennes, quelqu'un m'a dit : "Mais Charlotte, comment peux tu associer luxe et féminisme ?"
Ou un truc du genre.
Ce à quoi j'ai aussitôt pensé à l'abandon du corset, aux coupes garçonnes, bref, à la mode créée par Chanel et Lanvin (deux femmes) pendant la guerre. Après, je me suis dit : "Oui, mais la fourrure..." La fourrure, effectivement. BEURK. Sauf que la fourrure est d'autant moins un luxe qu'elle s'est répandue un peu partout sur les parkas achetées en grandes surfaces, ou dans des magasins "tendance" - et je ne parle même pas des "pompons en queue de lapin"... l'industrie de la fourrure n'a pas besoin du luxe pour être florissante. Juste de consommateurs et de marketing. 
Retour au luxe, donc. 
Peut-on aimer le luxe et être féministe ? Associer le luxe au féminisme ? Ou encore, penser luxe et féminisme ? Oui, sans hésiter.
Allez! Petit retour en arrière, certainement très approximatif, mais tout de même. 
Au Moyen-Âge...
Pouvoir lire et écrire est un luxe. Plus encore quand on est une femme. La petite paysanne qui compose, fait des vers, écrit des traités de philosophie, monte à cheval et défend les siens... ça existe surtout dans le jeux de rôles (et j'adore le concept, ne vous y trompez pas), mais bon, dans la vraie vie, moyen quand même...
Allez donc faire un tour du côté de L'Histoire des femmes en Occident (t2 - mais les 5 sont d'utilité publique...) de Duby et Perrot.
Je disais, au Moyen-Âge. Mais après aussi, d'ailleurs. La Renaissance n'a pas été clémente envers elles. C'est d'ailleurs durant cette période que le mot "autrice" disparaît.
Quand je pense à des femmes comme Veronica Franco, poétesse, lettrée et courtisane, à laquelle le doge lui-même confia le sort de Venise (on la chargea de recevoir le roi de France et de faire en sorte que son séjour se passe bien), je me dis qu'elles payaient très cher le droit d'être éduquées, mais cette éducation, un luxe, leur permettait d'écrire, de créer, de penser librement.



Si nous ne sommes pas aussi forte que les hommes,
Comme eux, nous avons un esprit et de l’intelligence.
Et la vertu ne se mesure pas à l’aune de la force physique
Mais à celle de la vigueur de l’esprit et de l’âme,
Par lesquelles toutes choses sont connues ;
Je suis certaine qu’en cela,
Les femmes n’ont pas de manque,
Mais au contraire,  ont montré par maintes façons
Qu’elles sont supérieures aux hommes.[1]


[1] Veronica Franco, Terze Rime, 16. (ma traduction, tirée de Noire Lagune. Gulf Stream éditeur 2010. Poche 2015)
 

Bien plus récemment, saut dans le temps, les siècles mêmes... 
Waris Dirié, jeune fille somalienne, excisée, fuit un mariage forcé, se retrouve à Londres, esclave chez  un oncle proche de l'ambassade. Reversement de régime : l'oncle fuit, Waris Dirié se retrouve seule, sans papiers... Aidée par une jeune femme, Marilyn, elle trouve foyer et petit job dans un fast-food. Là, elle est repérée par un photographe de mode, pose pour le calendrier Pirelli (1987)... Sa carrière de mannequin est lancée. Cette carrière lui permet, dans les années 90, de témoigner sur ce qu'elle a vécu (interview, livre, film), de devenir ambassadrice de bonne volonté à l'ONU contre les mutilations génitales féminines, de créer une fondation : Desert Flower Foundation, qui lutte contre les MGF. Sans cette carrière dans le luxe, je ne suis pas sûre que cela aurait été possible.
Je vous renvoie sans plus de scrupule que cela à Précieuses, pas ridicules, lettre "E", dont Mélisande vient de faire une gentille chronique, ici
Le luxe n'est ni bien ni mal.
Le luxe est ce qu'on en fait. 
Quant au féminisme, je ne vois pas pourquoi il ne l'utiliserait pas pour faire entendre sa voix.

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