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mardi 9 juillet 2019

Amitié, liens - à l'épreuve du temps ?

Amis pour toujours. 
A la vie à la mort. 
Parce que c'était luielle, parce que c'était moi... 
Avec le recul, ça donne quoi ? 
Ça donne qu'il faut se méfier des grandes déclarations que l'on fait et reçoit... ou tout simplement, accepter les intermittences du cœur et des chemins de vie. Certaines personnes, auxquelles on tient (ou tenait), s'éloignent de nous : le téléphone ne sonne plus, messenger est en berne (s'il y a messenger), on envoie des cartes, qui demeurent sans réponse. Certain.e.s, auxquel.le.s on tenait, deviennent "encombrantes". Parce que tou.te.s, nous avons changé, rencontré de nouvelles têtes, pris une nouvelle route et que nos centres d'intérêt ou nos axes de vie ne sont plus les mêmes... ou que nos attentes n'étaient pas les mêmes... dès le départ.

Je te suis, tu me fuis. 
Je te fuis, tu me suis.  
Ce n'est pas valable seulement en amour. En amitié, également. Le problème, là dedans ? Les blessures que ces jeux engendrent - qu'ils soient ou non conscients. "Qu'ai-je fait pour" - que l'autre m'ignore, me rejette, etc. "Quand iel était 'dans la merde', 'seul.e', 'etc. (Rayez la mention inutile, toutes les causes se valent)', iel était bien content.e de me trouver." Ce qui, somme toute, est vrai - et pas toujours réciproque, mais reconnaissons qu'en matière d'équilibre, il y a toujours eu des gens auxquels ont était plus attaché.e.s qu'à d'autres, et pas toujours les plus cool. Moralité, on souffre du déséquilibre né de la relation. Et les "accords toltèques" ou autres ouvrages de bien-être, médiation et travail sur soi on beau dire de "ne pas le prendre personnellement", de se "demander pourquoi on s'est investi dans cette relation" (avec les questions subsidiaires "ça t'apporte quoi", "qu'est-ce qui t'arrange dans ce rapport"), ben ça fait mal. Bien sûr, il y a des "raisons inconscientes qui..." Sauf qu'on s'en fiche, des "raisons inconscientes" : sur le moment, les blessures sont là, et on a mal. Après, quand on a moins mal, qu'on est passé.e à autre chose, on peut se dire : "ah, tiens, pourquoi..."


C'est le moment de prendre le recul qui va bien et de se poser toutes les questions susmentionnées...

Et de relire son Éthique à Nicomaque, d'Aristote :
Or, quand les hommes ont l’un pour l’autre une amitié partagée, ils se souhaitent réciproquement du bien d’après l’objet qui est à l’origine de leur amitié. Ainsi donc, ceux dont l’amitié réciproque a pour source l’utilité ne s’aiment pas l’un l’autre pour eux-mêmes mais en tant qu’il y a quelque bien qu’ils retirent l’un de l’autre. De même encore ceux dont l’amitié repose sur le plaisir ce n’est pas en raison de ce que les gens d’esprit sont ce qu’ils sont en eux-mêmes qu’ils les chérissent, mais parce qu’ils les trouvent agréables personnellement. Par suite ceux dont l’amitié est fondée sur l’utilité aiment pour leur propre bien, et ceux qui aiment en raison du plaisir, pour leur propre agrément, et non pas dans l’un et l’autre cas pour ce qu’est en elle-même la personne aimée mais en tant qu’elle est utile ou agréable. Dès lors ces amitiés ont un caractère accidentel, puisque ce n’est pas pour ce qu’elle est essentiellement que la personne aimée est aimée, mais en tant qu’elle procure quelque bien ou quelque plaisir, selon le cas. Les amitiés de ce genre sont par suite fragiles, dès que les deux amis ne demeurent pas pareils à ce qu’ils étaient. S’ils ne sont plus agréables ou utiles l’un à l’autre, ils cessent d’être amis. Or, l’utilité n’est pas une chose durable, mais elle varie suivant les époques. Aussi, quand la cause qui faisait l’amitié a disparu, l’amitié elle-même est-elle rompue, attendu que l’amitié n’existe qu’en vue de la fin en question.

Combien d'amitiés répondent à l'un  ou l'autre critère, uniquement ? Et dans ces amitiés, il faut également mettre les attachements familiaux - qui ne sont pas plus évidents ... ou/ et professionnels (Aristote disserte longuement à ce sujet : amitié parent/ enfants (affection, en réalité), d'un roi pour son sujet (et vice-versa, bienveillance ou admiration, faussée, donc...)



Mais la parfaite amitié est celle des hommes vertueux et qui sont semblables en vertu : car ces amis-là se souhaitent pareillement du bien les uns aux autres en tant qu’ils sont bons, et ils sont bons par eux-mêmes.[...] Et chacun d’eux est bon à la fois absolument et pour son ami, puisque les hommes bons sont en même temps bons absolument et utiles les uns aux autres. Et de la même façon qu’ils sont bons ils sont agréables aussi l’un pour l’autre [...] Il est normal qu’une amitié de ce genre soit stable, car en elle se trouvent réunies toutes les qualités qui doivent appartenir aux amis. [...]sont là les principaux objets de l’amitié, et dès lors l’affection et l’amitié existent chez ces amis au plus haut degré et en la forme la plus excellente.  [???] Seule l’amitié entre gens de bien est à l’abri des traverses : on ajoute difficilement foi à un propos concernant une personne qu’on a soi-même pendant longtemps mise à l’épreuve ; et c’est parmi les gens vertueux qu’on rencontre la confiance, l’incapacité de se faire jamais du tort, et toutes autres qualités qu’exige la véritable amitié. Dans les autres formes d’amitié, rien n’empêche les maux opposés de se produire. 


Aristote met également l'accent sur la notion d'égalité,. Quand les rapports, au départ, sont déséquilibrés, l'amitié risque de foirer...
Bref, les vrais amis, on n'en a pas des masses.
Et ce n'est pas si grave... Une fois qu'on a pris le fameux recul nécessaire, et le temps qui l'accompagne, pour analyser les choses avec clarté :
* Les vies se croisent, s'éloignent, se retrouvent parfois...
*C'était peut-être pas le même genre d'amitié ou d'attachement que ce que l'on croyait...
*On fait pareil avec des gens qui ne nous intéressent plus, ou nous ennuient, ou ne nous apportent rien (à moins d'être complètement masos)...
Une fois le "glups" de l'égo digéré (X ou Y ne me trouve pas si intéressant.e que ça, voire carrément chiant.e, voire je pourrais crever iel s'en fout ou juste iel n'en a rien à faire sauf quand besoin d'un service ), on peut : remettre les éléments à leur juste place, faire son deuil d'une relation finalement pas si saine et agréable que cela, passer à autre chose et se recentrer sur ce et celleux qui comptent réellement...
... Et qui, elles et eux, sont à l''épreuve du temps.